La France avance vers l’obligation de déclaration des portefeuilles non-custodial au-delà de 5 000 €

La France avance vers l’obligation de déclaration des portefeuilles non-custodial au-delà de 5 000 € : MetaMask, Phantom et Ledger dans le viseur
10 avril 2026
~4 lecture minimale

Dans une initiative controversée visant à renforcer la surveillance du secteur des cryptomonnaies, l’Assemblée nationale française a adopté un amendement obligeant les détenteurs de portefeuilles auto-hébergés (non-custodial) à déclarer toute détention dépassant 5 000 € (~5 850 $) aux autorités fiscales (DGFiP). Cette mesure cible des portefeuilles populaires tels que MetaMask, Phantom, Rabby, ainsi que des dispositifs matériels comme Ledger, bien que les autorités reconnaissent actuellement ne pas disposer d’outils efficaces pour vérifier de manière indépendante les données déclarées.

La proposition s’inscrit dans un projet de loi plus large visant à lutter contre la fraude sociale et fiscale. Bien qu’elle ait été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, elle doit encore être approuvée par le Sénat et une commission mixte avant de devenir loi. Son application est attendue vers la fin de 2026 ou le début de 2027.

Ce que la nouvelle obligation impliquerait

Si le projet de loi est adopté dans sa forme actuelle, les utilisateurs français de cryptomonnaies devront déclarer annuellement :

  • L’existence de chaque portefeuille auto-hébergé (portefeuilles non-custodial où l’utilisateur contrôle les clés privées).
  • La valeur de marché des actifs détenus dans ces portefeuilles dès lors que le total dépasse 5 000 €.

Cela s’appliquerait aux portefeuilles logiciels (MetaMask, Phantom), aux extensions de navigateur, aux applications mobiles et aux portefeuilles matériels (Ledger, Trezor, etc.). La déclaration serait intégrée au processus de déclaration fiscale annuelle, à l’instar des comptes bancaires étrangers déjà soumis à déclaration.

L’administration fiscale française (DGFiP) a explicitement reconnu que le suivi et la vérification des avoirs détenus sur des portefeuilles non-custodial restent techniquement complexes en raison de la nature décentralisée de la blockchain. Néanmoins, les législateurs estiment que cette mesure permettra de créer un registre formel et de dissuader la sous-déclaration.

Pourquoi la France cible l’auto-conservation

Cette initiative découle des recommandations du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) et vise à combler ce que les autorités considèrent comme un important manque de transparence. Alors que les plateformes centralisées (PSAN en France) sont déjà soumises à des obligations strictes de KYC/AML et de reporting dans le cadre de MiCA et de la Travel Rule, les portefeuilles non-custodial sont restés en grande partie en dehors de toute surveillance directe.

Les partisans de cette règle estiment qu’elle permettra de :

  • Améliorer la collecte fiscale sur les gains en cryptomonnaies.
  • Aligner la déclaration des cryptomonnaies sur celle des actifs financiers traditionnels.
  • Réduire les risques de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale.

Les critiques, y compris les défenseurs de la vie privée et une partie de la communauté crypto, avertissent qu’elle pourrait créer une « base de données sensible » reliant identités réelles, adresses de portefeuilles et avoirs, sans fournir aux autorités des moyens fiables de vérification.

Conséquences pratiques pour les utilisateurs français

  • Les petits détenteurs (moins de 5 000 € en auto-conservation) seraient probablement exemptés de cette obligation spécifique.
  • Les détenteurs plus importants devront calculer et déclarer annuellement la valeur en euros de leurs portefeuilles.
  • Le non-respect pourrait entraîner des amendes, bien que les sanctions exactes restent à définir par décret.
  • La mesure n’interdit pas l’auto-conservation — elle impose simplement une obligation déclarative supplémentaire.

De nombreux acteurs de l’écosystème crypto français y voient une nouvelle étape dans la volonté européenne de renforcer la surveillance, après la mise en œuvre de MiCA et du Crypto-Asset Reporting Framework (CARF).

Réaction de la communauté crypto

Cette annonce a suscité un débat animé sur les réseaux sociaux et les forums. Certains utilisateurs évoquent déjà des stratégies de protection de la vie privée, comme l’utilisation de mixers (lorsqu’ils sont encore légaux), la répartition des fonds sur plusieurs portefeuilles ou le recours à des outils décentralisés. D’autres soulignent l’ironie de la situation : les autorités exigent des données auto-déclarées qu’elles ne peuvent pas facilement vérifier.

Gregory Raymond, cofondateur de The Big Whale, a indiqué que, bien que l’Assemblée nationale ait adopté l’article, le gouvernement lui-même semble opposé à la mesure dans sa forme actuelle, ce qui suggère qu’elle pourrait encore être significativement modifiée ou assouplie.

Chez Quickex, nous estimons que l’auto-conservation reste l’un des principes fondamentaux des cryptomonnaies — la véritable propriété sans intermédiaires. Toutefois, les tendances réglementaires en Europe montrent une orientation claire vers davantage de transparence et de reporting. Les utilisateurs en France (et dans l’ensemble de l’UE) devraient rester informés de l’évolution des obligations et envisager de consulter des conseillers fiscaux professionnels.

Cette proposition met en lumière la tension persistante entre la confidentialité financière individuelle et la volonté des gouvernements d’obtenir une visibilité totale sur les actifs numériques. Nous continuerons de suivre l’évolution du projet de loi au Sénat ainsi que les éventuels ajustements finaux.

L’histoire est encore en cours — restez à l’écoute pour les prochaines mises à jour au fur et à mesure de l’avancement du processus législatif.

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